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On voulait débarrasser Genève des babas-cool! 8.10.2008

 

PUNK ROCK - The Bastards se racontent dans un film de Jean-Lou Steinmann, édité en DVD et projeté ce jeudi à Fonction: cinéma. Rencontre avec Sandro Sursock, chanteur en 1977-78 d'un groupe authentiquement «destroy».

Sex, drugs & rock'n'roll: pour Sandro Sursock, le credo n'est pas resté à l'état de fantasme. Si aujourd'hui, à 60 ans, ce beau-fils par alliance du prince Sadruddin Aga Khan, vêtu d'un élégant veston en velours côtelé, se contente d'un thé chaud, ça n'a pas toujours été le cas. Il y a trente ans, c'était plutôt «bière, bière, bière» et punk à plein régime. Avec The Bastards, où il chantait aux côtés de la très glamour Marie-Pierre, Sandro Sursock voulait botter les fesses des danseurs de disco et des fans avachis de Pink Floyd. Rencontre avec ce survivant du punk avant la projection à Genève du film «Schizo Terrorist» de Jean-Lou Steinmann, qui retrace l'aventure à l'aide d'archives et d'extraits de concerts (1).
«J'ai grandi au son des premiers rockers: Gene Vincent, Elvis Presley. En 1968, je suis descendu en Mini sur la Côte et j'ai assisté aux manifs du Living Theater à Avignon contre le directeur Jean Vilar et les ballets de Maurice Béjart.» Dans les années septante, Genève n'offrait pas beaucoup de distractions. «Il y avait ce club en vieille-ville, le Midnight Rambler. J'aidais le tenancier et je répétais avec mon groupe, les Thunderbirds.»
Sandro Sursock mène une vie de barreau de chaise entre défonce et concerts. Il rencontre les Rolling Stones, dont le guitariste Keith Richards, junkie jusqu'au bout des veines, vit à cette époque entre Villars et Genève avec son épouse Anita Pallenberg et leurs enfants. «La police les harcelait partout. Ici, ils étaient peinards, la dope était excellente», se souvient Sandro Sursock, qui a amassé quantité d'archives: dans le film de Jean-Lou Steinmann, on voit le couple Richards-Pallenberg chiner aux Puces!

Première cure de désintox... à Bangkok. Dans sa chambre d'hôpital, Sandro Sursock dévore les magazines «Creem», «Rock Scene». A son retour, il fonde The Slam, un groupe de «garage rock hargneux», avec Léo Zouridis et une jeune chanteuse au charme toxique, Marie-Pierre. The Slam se met vite les hippies à dos: «Léo nous avait inscrits au Festival du Bois-de-la-Bâtie. On est arrivés gonflés à bloc, insultant les techniciens trop lents à notre goût. Quand on a commencé à jouer, le ciel est devenu noir de canettes. Au bout d'une minute trente, on a dû battre en retraite...» Le groupe se sépare le jour même.
L'attitude se durcit sous l'influence des Ramones et des Sex Pistols, dont le style «punk» commence à faire le tour des échoppes de disques. On est en 1977 et The Bastards réunit Ralph Perez, Benjamin Garcia (guitares), Jean-Francois Piva (basse), Didier Dana (batterie), Sandro Sursock et Marie-Pierre au chant. Le look est inhabituel pour l'époque – cheveux courts, jeans serrés, blousons noirs –, les morceaux sont courts et incisifs: «Danger», «Loser», «Schizo Terrorist». Invités à la TSR, The Bastards croisent dans les couloirs un jeune chanteur aux cheveux longs nommé Renaud: ils lui crachent dessus.
Le punk fait tache d'huile: Yodler Killers, Discolokosst, Jack & The Rippers et Technycolor font trembler les murs de la cité de Calvin avec The Bastards. «On était une quinzaine à traîner ensemble: il y avait Poubelle, Ordure, Dégueulon. Beaucoup de bière... la coke et l'héroïne aussi. Certains en sont morts.» Après un 45 tours, Sandro Sursock quitte The Bastards pour d'autres aventures – il connaîtra un certain succès avec le groupe Zero Heroes, dans les années quatre-vingt.
Désintoxiqué, Sandro Sursock a brièvement reformé The Bastards en 2006 pour un concert au Piment Rouge, avec ses anciens camarades devenus mère de famille, banquier, informaticien et journaliste au Matin. Avec 30 ans de retard, The Bastards dévoilaient ce soir-là leur album «Schizo Terrorist», grâce au regain d'intérêt provoqué par le livre «Hot Love – Swiss Punk & Wave 1976-1980», une somme compilée par un ex-punk bâlois, Lurker Grand, et couronnée par un Prix fédéral. Un livre, un film: l'histoire des Bastards en restera-t-elle là? «Au fond, mon rêve serait de monter sur scène à 80 ans, comme un vieux bluesman édenté», confie Sandro Sursock. Rendez-vous dans vingt ans.

Note : (1) Ce jeudi à 19h, Maison du Grütli, 16 rue du Général Dufour, Genève.

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