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061122 - Article de la Tribune de Genève de 22.11.06

©TRIBUNE DE GENÈVE

La précieuse laideur du punk helvète

revisitée en un truculent pavé

Alain Vidon et Sandro

Sursock racontentl’épopée

sur son versantgenevois.

De NIC ULMI

À quoi servait le punk? À «transformer

en quelque chose de positif

tout ce qu’il y avait de gênant,

de moche et de stupide dans la

vie», répond en rafalela préface

de ce livre monumental. Vaste

programme, auquel Genève et la

Suisse s’attelèrent, comme tous

les pays civilisés, dès 1976. Long,

large, épais, entièrement bilingue

(allemand/français), Hot

Love. Swiss Punk & Wave 1976-

1980 détaille les débuts de cette

épopée.

Deux Genevois qui marquèrent

l’âge d’or des têtes à crêtes

prennent la plume pour raconter

cette déferlante inattendue.

Alain Vidon, connu comme Al

Poubelle («un touriste japonais

m’avait donné ce nom un jour

que je pissais contre un car»),

dévide ainsi avec une verve

truculente un parcours punk

commencé alors qu’il était ado.

«Le grand avantage de ce

mouvement résidait dans le fait

que n’importe qui pouvait saisir

un micro, une guitare, une batterie.

La caste élitiste et académique

des musiciens s’effondrait

d’un coup», écrit Vidon. Dans le

punk, tout le monde devient

héros. «Je ressentais alors ce

beat, ce rythme de vie à 300 à

l’heure, cette fougue, cete forte

impression que chaque jour, chaque

heure était une séquence de

cinéma à jouer jusqu’au bout.»

Les camarades de cette aventure

étaient Ordure, Déchet Urbain,

Didier Dégueulon et Serge

Crevure, qui «prétendait se couvrir

le visage de crème grasse

pour que ses boutons paraissent

encore plus laids». Une «morale

de la laideur» s’exclame Silvano

Cerutti dans un autredes textes

réunis ici. «Nous assumions ce

rôle de démontrer aussi la laideur

d’un establishment invivable

pour nous», confirme Vidon.

À côté de ces prolétaires, Genève

avait ses punks aristos.«Je

viens d’un milieu plusqu’aisé

mais dès l’âge de huit ans, j’ai

éprouvé la peur, mais aussi la

fascination pour la violence des

cours de récréation», écrit

Sandro Sursock, colocataire de

Keith Richards lors de l’exil helvétique

des Rolling Stones et

champion du punk local avec les

groupes The Bastards ou Zero

Heroes. Armé du glamour noir

de Marie-Pierre,véritable icône

sexuelle de la scène genevoise,

et du charme équivoque de ses

coiffes militaires, ce punk-là se

lança en guerre contre les babas

qui tenaient alors le haut du

pavé au Bois de la Bâtie. Qui a

gagné? À vous de juger.

. «Hot Love. Swiss Punk & Wave

1976-1980», Editions Patrick Frey,

324 p., 68 fr.www.swisspunk.ch.

 

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